lundi 23 novembre 2015

VI. Les museum studies et le spectaculaire muséal



La crise et ses réactions
La réponse de l’Etat

1. Le spectaculaire muséal

         Image visuelle spectaculaire
         La primauté de la technique
         Le règne de l’événementiel
         Le ludique et le politiquement correct
         Le tournant commercial

La société du spectacle

« le règne autocratique de l’économie marchande ayant accédé à un statut de souveraineté irresponsable, et l’ensemble des nouvelles techniques de gouvernement qui accompagnent ce règne » (Guy Debord, 1967/1988

a. Une image visuelle spectaculaire
Hollein, Museum of Modern art, Mönchengladbach
Stirling, Neue Staatsgalerie, Stuttgart
Aldo Rossi, Bonnefanten Museum, Maastricht

La multiplication des musées
22.000 musées en 1975 - 49.000 en 2004 – des réalités très différentes

b. La primauté de la technique

c. Le règne de l’événementiel
Paris –, Paris, 1978-
Metropolitan Museum, New York
Thomas Hoving, 1967-1977
Harlem on my mind, Metropolitan museum, 1969.
King Tut (1977-78)

d. Le ludique et le politiquement correct

Archigram
Launchpad, Science Museum, London
Londres, Science Museum, Wellcome Wing
National Air and Space Museum, Washington, 1995

e. La marchandisation de la culture
Th. Adorno, M. Horkeimer, La production industrielle de biens culturels (les industries culturelles), 1947
 « ce que nous appelons la culture, c’est cette force mystérieuse des choses beaucoup plus anciennes et beaucoup plus profondes que nous et qui sont notre plus haut secours dans le monde moderne, contre la puissance des usines de rêve » (Malraux, 1966)
Stephen Weil ou l’art de penser la gestion des musées
Patrick Boylan, Robert Janes
Van Gogh, Amsterdam, 1990 : Un système de réservation européen

2. Le développement des Museum studies

Brno (1963),  Leicester (1966) ,  Paris (1970)
E.P. Alexander
T. Ambrose
G.E. Burcaw

Structure de Réau L., L’organisation des musées 1908

  1. Introduction (pour et contre les musées, histoire, types de musées etc.)
  1. Construction des musées
  2. Administration des musées (recrutement, école Louvre, )
  3. Formation des collections
  4. Aménagement des collections
Conclusions

Structure du cours de Rivière : La muséologie, 1989.

Musée et société
1. Musée et société, à travers le temps et l’espace
2. Musée et société aujourd’hui
Musée et patrimoine
   1. Recherche
   2. Conservation
Musée, instrument d’éducation et de culture
1. Présentation
2. Le public des musées
L’institution muséale
   1. Statuts et organisation
   2. Architecture et programmation

Structure de Museum Basics (Ambrose) 1993

-          introduction (sur les musées, types, rôle)

-          le musée et ses utilisateurs (museums are for people, comprendre le marché, marketing, visite des musées, éducation muséale, services (boutiques, food), interprétation, techniques de présentation, éclairage, recherche pour présentation, écriture de textes, design d’expo, publications, types de collections, politique d’acquisition et de disposal.

-          Development and care of museum’s collection (collecte, fieldwork, système de doc, role des collections dans recherché, monitoring environnement, storage, handling, conservation, disaster planning, sécurité

-          The museum and its building : forme,fonction, planif, sécurité, accessibilité

-          The museum and its management: statut, planification, performance indicators, fundrainsing, staff structure, volontaires, evaluation, job appraisal, staff training, etc


Pearce, Objects as meaning

         veste d’officier (Anderson) portée à Waterloo, trouée : les « faits ».
         l’histoire rend la veste plus émotionnelle, nostalgique, romantique. Sert aussi à valider le récit fait par Anderson (plus tard, dans des lettres).
         pouvoir de la vraie chose » qui attire. Comment et pourquoi ? è
         Sémiotique: la veste comme message (Saussure, Barthes)
        la langue (les structures générales),
        la parole (la situation actuelle).
        Barthes: signe = alliance du signifié (langue) et du signifiant (parole) construction sociale acceptée et comprise.
        La parole évolue, le signe évolue…
         En 1815 la veste est signe
        (1) de l’armée
        (2) de Waterloo,
        (3) des braves anglais
        (4) des braves français et de leur idéal égalitaire,
         Avec le temps,  le signifiant /la parole (veste rouge) devient lui-même signifié /entre dans la langue et partie de la langue.
         Nouveaux signes pour la représenter
         La signification de l’objet ne se trouve pas seulement dans l’objet, ni dans la lecture par le visiteur, mais entre les deux.
         Imagination – et la recréation – du visiteur.
         En fonction de l’ensemble de la communauté : l’objet existe si un consensus se forme à l’intérieur de la communauté pour le fixer.
La nature du consensus: l’expertise scientifique (histoire, science, etc), ce qui reste (paysage), la narration (écrite, filmée,…) ou la fiction

Musée de la Civilisation, 1988 – Roland Arpin

Le musée des civilisations, Gattineau

Le développement des Centres de Science

3. En France

Jean Clair, Vienne Naissance d’un siècle, 1986
Jean Clair, L’âme au corps, Paris, 1993

4. Muséologie de point de vue

Jean Davallon, Le musée est-il un média?, 1992

         Relation objet – visiteur, exposition comme espace de rencontre
         Objets et savoir utilisés comme matériaux
         Musée comme lieu d’action ritualisé
         Une matrice plus complexe
         Objet / Idée / Point de vue

Cité-Ciné, Paris, 1987-88
Jacques Hainard, Objets prétextes, objets manipulés (MEN, 1984)
La différence, Neuchâtel, Québec, Grenoble, 1995-1997
Les magiciens de la terre, Paris, 1988
Peter Greenaway, The Physical Self, Boymans van Beuningen, 1991

5. Le développement des études des publics

6. Numérisation

Chronologie
         1991: Micro Gallery Londres et Washington
         1991: Museum-L
         Circa 1993: Premiers sites Internet de musées: Musée de Paléontologie de Berkeley, Musée des beaux-arts de Dallas
         1995: ICOM-L

7. Le musée cannibale (MEN)
Le livre de recettes du Musée d’ethnographie de Neuchâtel

Juxtaposition à la Jean Clair
Ingrédients:
         Un nombre important d’objets du même type
         Un nombre identique de cartels
Préparation:
         Parer les objets pour trouver leur dénominateur commun
         Les brider méticuleusement
         Les cuire dans leur jus
         Passer le tout à l’étamine
         Décorer chaque cartel d’une information redondante et similaire
Se marie avec:
         L’absence de discours
Service:
         Idéal pour les brochettes
         Alterner méticuleusement les objets et les cartels

Esthétisation à la Barbier-Mueller

Ingrédients:
         Un objet ethnographique rare et ancien réindexable comme oeuvre d’art
         Un support discret
         Un socle chic et sobre
         Un spot halogène sophistiqué
         1m² de tissu satiné noir
Préparation:
         Ébouillanter l’objet pour en extraire les scories ethnographiques
         Tapisser le socle avec le tissu satiné
         Rissoler l’objet afin d’en faire ressortir sa patine
         Piquer l’objet sur le support
         Dresser le tout au centre du socle
Service:
         Dégager beaucoup d’espace pour la consommation contemplative
         Assombrir et napper l’objet d’un halo de lumière
         Faire circuler une rumeur concernant la valeur d’assurance de l’objet
         Saupoudrer éventuellement d’un zeste d’information
Se marie avec:
         Le marché de l’art, le champagne millésimé, le béluga d’Iran

Sacralisation à la Jacques Kerchache

Ingrédients:
         Une pièce dotée d’un pedigree hors du commun
         Cinq litres de bouillon de culture
         Une dose d’histoire écrémée
         Un peu de piment
Préparation:
         Blanchir la pièce dans le bouillon de culture
         La faire macérer dans l’histoire écrémée
         Clarifier pour obtenir le jus des collectionneurs de la pièce
         Jeter le petit-lait ethnographique
         Cuire à feu doux jusqu’à la suée
         Façonner la préparation dans le moule de l’idéologie ambiante
         Rajouter quelques anecdotes pimentées
Service:
         A la sauce musées de Paris, un brin autocontemplative
Se marie avec:
         Les commémorations, les ambitions politiques, les petits fours

mercredi 11 novembre 2015

V. La muséologie comme science



« Une institution savante et éducative organisée pour collecter, préserver, étudier et présenter au public les spécimens d’histoire naturelle et les objets de la culture matérielle et spirituelle qui constituent des sources primaires de la connaissance du développement de la nature et de la société humaine. » Awraam Razgon, Great Soviet encyclopedia, 1974

« Muséologie, une discipline scientifique traitant de l’origine des musées et de leurs fonctions sociales, de questions de théorie et de méthode d’administration des musées. La muséologie comprend l’étude des conditions sociales qui déterminent l’origine et le fonctionnement des musées » (Razgon)

Programme d’ICOFOM
         établir la muséologie comme une discipline scientifique universitaire,
         analyser et assister le développement des musées et de la profession muséale,
         étudier le rôle des musées dans la société
         encourager l’analyse critique des principaux courants de la muséologie.

La muséologie : étude d’une relation spécifique

« La muséologie est une discipline scientifique distincte et indépendante dont l’objet de connaissance est une approche spécifique de l’homme à la réalité, exprimée objectivement en des formes de musées variées au cours de l’histoire.  » Zbýnek Stránský 1980

« La muséologie est une science qui examine le rapport spécifique de l’homme avec la réalité et consiste dans la collection et la conservation, consciente et systématique, et dans l’utilisation scientifique, culturelle et éducative d’objets inanimés, matériels, mobiles (surtout tridimensionnels) qui documentent le développement de la nature et de la société. »
« Le musée est une institution qui applique et réalise le rapport spécifique homme-réalité » Anna Gregorova (Muwop Dotram 1, 1981)

« Même les plus anciennes traces d’activités humaines nous permettent de présumer que nos ancêtres voulaient préserver des témoins matériels de leur monde et de les transmettre à la postérité. La muséologie a pour mission d’investiguer cette attitude et toutes ses occurrences dans le passé, le présent et le futur. Cette relation spécifique de l’homme à la réalité est appelée la muséalité. Cela signifie que l’homme identifie, évalue, sélectionne, étudie et préserve des objets de son monde comme témoins de faits particuliers, et tente de les communiquer à ses proches, autant qu’à la postérité »  (F. Waidacher )

« La muséologie étudie donc pourquoi et comment l’individu ou la société, pour des raisons autres que leur fonction utilitaire ou leur valeur matérielle, [muséalise] (collectionne, etc.), analyse et communique des choses, des objets – ou, bien sûr, pourquoi l’individu, la société ne le font pas. C’est donc la relation homme/société/patrimoine qui est au centre de toute recherche muséologique. » (Martin R. Schärer, 1993)

Structure de la muséologie (van Mensch et Stransky)

         muséologie générale : principes de préservation, de recherche et de communication des témoins matériels de l’homme et de son environnement, et du cadre institutionnel qui entoure ces activités.
         muséologie théorique et métamuséologie: fondations philosophiques (notamment épistémologiques) de la muséologie
         muséologie spéciale : liens entre la muséologie générale et les disciplines particulières (histoire de l’art, anthropologie, histoire naturelle, etc.).
         muséologie historique
         muséologie appliquée: muséographie

Fonctions muséales

Joseph Veach Noble

         acquisition, conservation, study, interpretation, exhibition.
         1970, Museum Manifesto
         Suivi par Alexander, Burcaw, courant aux USA
         ICOM: Le musée [….] acquiert, conserve, étudie, expose et transmet le patrimoine matériel et immatériel de l’humanité) (2007)

Modèle PRC
         Preservation, Research, Communication
         Reinwardt Academie (1983)
         Maroevic, proche de Stransky (Sélection, Thésaurisation, Présentation).

La muséologie comme science?

« Les problèmes de l’existence de la muséologie peuvent être seulement résolus si l’on prouve :

(1) que le phénomène muséal est vraiment l’expression d’une relation spécifique de l’homme à la réalité ;
(2) que cette relation nécessite des connaissances spécifiques qui ne sont pas apportées par d’autres sciences existantes ;
(3) qu’il existe des conditions préalables d’ordre historique, social et métascientifique pour instituer comme discipline scientifique ce qui est une finalité gnoséologique spécifique ;
(4) et que, sans cette discipline scientifique, on ne peut continuer à être efficace dans le musée, ni résoudre les problèmes de la fonction et de l’importance du phénomène muséal dans la société. ». (Z.Z. Stránský)

« la muséologie n’est pas et ne peut pas être une science, pas plus que l’éducation ou la cuisine ne le peuvent, et toute tentative pour prouver le contraire est stupide, erronée et malhonnête » (Kenneth Hudson, 1997)

Opposition à la pensée anglo-saxonne

« Il y a trente ans que j’assiste à des conventions nationales, régionales et locales des associations de musées. Je ne me souviens pas d’avoir jamais assisté à une réunion ou une session ou même d’avoir jamais entendu une allocution importante concernant directement la muséologie.
Les intérêts des gens des musées américains s’écartent largement de la base philosophique de la collecte (la relation de l’homme à la réalité tridimensionnelle), et de l’utilisation efficace des collections à des fins didactiques (muséologie appliquée).
Ils se préoccupent des techniques : comment se faire des amis, comment obtenir des fonds, comment servir les handicapés, comment créer de beaux environnements, comment remonter le moral des minorités, comment préserver les collections, comment les administrateurs peuvent éviter les poursuites judiciaires, et ainsi de suite ».            (G. E. Burcaw, 1981)

La muséologie scientifique aujourd’hui

Un canevas théorique important

Muséalisation
         Sens commun: la mise au musée
         Péjoratif: la transformation en une sorte de musée d’un foyer de vie : centre d’activités humaines ou site naturel.
        patrimonialisation
        « muséification » pour traduire l’idée péjorative de la « pétrification » (ou de momification) d’un lieu vivant: « la muséalisation du monde ».

         la muséalisation est l’opération tendant à extraire, physiquement et conceptuellement, une chose de son milieu naturel ou culturel d’origine et à lui donner un statut muséal, à la transformer en musealium ou muséalie, « objet de musée », soit à la faire entrer dans le champ du muséal. (concepts clés)

         «  Un objet de musée n’est pas seulement un objet dans un musée ». (Zbynĕk Stránský)

        changement de contexte + sélection, thésaurisation et présentation è changement du statut de l’objet.
        objet de culte, utilitaire, animal etc. è « témoin matériel et immatériel de l’homme et de son environnement »: une réalité culturelle spécifique.
        une démarche rationnelle et scientifique: pas admirer, comprendre.
        Du temple au laboratoire.

Objet de musée, musealia
         Un objet de musée est une chose muséalisée, une chose pouvant être définie comme toute espèce de réalité en général.
        La chose est prise dans le concret de la vie et que le rapport que nous entretenons avec elle est un rapport de sympathie ou de symbiose.
        L’objet est toujours ce que le sujet pose en face de lui comme distinct de lui, il est donc ce qui est « en face » et différent.

         Le musée: une grandes instance de « production » des objets, de conversion des choses qui nous entourent en objets (après sélection, thésaurisation, restitution).

         Point de vue muséal ≠ démarche scientifique: montrer les objets concrètement à un public de visiteurs.

         En créant la distance, la « monstration » fait de la chose un objet.  è Le musée met en marge et modélise.

L’objet, porteur d’informations
The object as information bearer – The object as data carrier (Peter van Mensch)
         objet document (caractéristique physiques, données documentaires issues d’un processus historique :
        (1) stade conceptuel,
        (2) (plusieurs) stade(s) factuel(s) (construit, utilisé, conservé, restauré, etc.) : souvent le seul stade qui intéresse l’historien de l’art,
        (3) stade actuel
         objet message (données utilisées comme processus de communication, plusieurs messages) // Pearce
         objet information (sens du message pour le récepteur) // études de public
         (utilisation: restauration)

Muséalité
         Dans un musée, les objets s’apparentent tous à des substituts de la réalité. (Bernard Deloche )

         La valeur culturelle ou la qualité d’une (vraie) chose muséalisée.

         Un tigre
        dans la jungle,
        une fois sortie de son contexte d’origine: un témoignage indirect de ce contexte
        valeur de témoignage de la réalité qu’il documente (la faune en Inde, la peur du tigre, une marque d’essence, etc.).

« La muséalité serait la force ou qualité, identifiée dans certaines représentations du réel et qui les rend pertinentes pour certains groupes sociaux spécifiques et donc susceptibles de muséalisation (c’est-à-dire, de subordination aux paramètres spécifiques de protection, documentation, recherche et interprétation) »  (Scheiner, 2007)

         Valeur documentaire spécifique d’un objet, conditionnée par la qualité de l’objet
            (Stránský 1, Desvallées, Maroevic, Waidacher)
         Valeur conditionnée par l’attitude de l’homme face à cette qualité documentaire de l’objet (Stránský 2)

Muséologie
1.Tout ce qui touche au musée (Sens commun)
2.Science appliquée, la science du musée (Rivière)
3.Discipline scientifique dont l’objet d’étude est une attitude spécifique de l’Homme à la réalité (Stránský)
4.L’ensemble des tentatives de théorisation ou de réflexion critique liées au champ muséal (Concepts clés)